« Pour transmettre l'immobilier à mes enfants, il faut faire une SCI. » C'est l'une des phrases que j'entends le plus souvent en rendez-vous.

Elle contient une part de vérité : bien utilisée, la SCI peut être un outil pertinent de transmission. Mais elle n'est ni obligatoire, ni magique, ni adaptée à toutes les situations.

Dans cet article, je vous explique ce que la SCI permet de faire pour transmettre, avec un exemple chiffré, puis les points de vigilance à connaître avant de vous lancer.

1. Pourquoi la SCI revient si souvent dans la transmission

Quand vous détenez un bien immobilier en direct, vous ne pouvez pas le « découper » facilement. Donner un tiers d'un immeuble à chaque enfant crée une indivision : les décisions (vendre, louer, faire des travaux) demandent ensuite l'accord de tous, et les désaccords peuvent vite bloquer la situation.

Avec une SCI, vous détenez des parts d'une société qui possède le bien. Ces parts peuvent être données en petites quantités, à des moments différents, à des personnes différentes, sans toucher à la propriété de l'immeuble lui-même.

2. Ce que la SCI permet pour transmettre

3. Exemple chiffré : transmettre un immeuble de 400 000 €

400 000 €
Immeuble loué détenu via une SCI · parent de 55 ans · 2 enfants
Exemple illustratif et simplifié. Il ne constitue ni une promesse de résultat ni une recommandation personnalisée. Un seul parent, aucune autre donation dans les 15 dernières années, aucune décote.
Scénario A — Sans anticipation

Transmission au décès, sans donation préalable

Parts reçues / enfant200 000 €
Abattement (par enfant)− 100 000 €
Base taxable / enfant100 000 €
Droits / enfant≈ 18 200 €
Droits totaux estimés
≈ 36 400 €
Scénario B — Donation en deux temps

Utiliser les abattements avant le décès

Aujourd'hui
Donation de 25 % des parts à chaque enfant 100 000 € 0 droit
15 ans plus tard
Abattement reconstitué · solde de la SCI 0 droit
Droits totaux
0 € — et le parent reste gérant
Économie potentielle dans cet exemple
36 400 €
Pour un couple, les abattements sont doublés : 200 000 € par enfant. La valeur des immeubles peut aussi baisser. La valeur des parts est appréciée à la date de chaque donation.

4. Le choix IR ou IS : une décision qui engage

Le régime fiscal de la SCI est l'un des points les plus importants — et les plus durables. Il faut en comprendre les effets avant de choisir, notamment à la revente.

SCI à l'IR
Impôt sur le Revenu
Plus-value à la reventeExonération totale d'IR après 22 ans, de prélèvements sociaux après 30 ans
Revenus fonciersTaxés au barème + 17,2 % de prélèvements sociaux
AmortissementNon possible
Bien acheté 200 k€ · revendu 300 k€ après 15 ans
Impôt PV ≈ 22 000 €
SCI à l'IS
Impôt sur les Sociétés
Plus-value à la reventeAmortissements réintégrés · pas d'abattement pour durée
DividendesFlat tax à 31,4 % (depuis 2026) sur les distributions
AmortissementPossible — mais réintégré à la revente
Même exemple, avec 100 k€ amortis
Impôt PV ≈ 50 000 €
+ flat tax sur dividendes à 31,4 %

Pour un patrimoine conservé longtemps puis transmis, l'IR peut être mieux adapté — mais ce n'est pas une règle générale. Une simulation sur votre situation est indispensable avant de choisir.

5. Les points de vigilance

Responsabilité des associés
Dans une SCI, vous répondez des dettes de façon indéfinie, à proportion de vos parts. Donner des parts à vos enfants, c'est aussi leur transmettre cette responsabilité.
Prêt bancaire et caution
La banque demande souvent la caution personnelle des associés. La SCI ne protège alors pas le patrimoine privé. Ce point se négocie avant la signature du prêt.
Statuts sur mesure
Des statuts standard ne prévoient pas toujours les pouvoirs du gérant, les majorités, la clause d'agrément, les règles en cas de décès ou de divorce.
Valorisation des parts
Il faut valoriser les parts avec des justificatifs (estimation du bien, dettes, décote éventuelle). Une valeur sous-estimée expose à un redressement fiscal.
Frais et obligations
Immatriculation, assemblée annuelle, tenue de comptes, actes notariés à chaque donation. Pour un patrimoine simple, les coûts peuvent dépasser le bénéfice.
Comptes courants d'associés
Les avances faites à la SCI doivent être tracées. Point sensible en cas de succession, de divorce ou de contrôle fiscal.
Usage personnel du bien
Occuper un bien de la SCI ou le mettre à disposition d'un proche n'est pas neutre : risque d'avantage en nature à l'IS, à vérifier au cas par cas à l'IR.
Égalité entre enfants
Donner à un enfant plutôt qu'à l'autre crée un déséquilibre à la succession. La donation-partage permet de figer les valeurs et de sécuriser l'équilibre.

Rappel : la SCI ne supprime pas les droits. Elle permet de les organiser dans le temps. Mal pensée, elle peut coûter plus cher qu'une détention en direct.

Comme pour tout actif immobilier, il existe des risques à prendre en compte : perte en capital (la valeur du bien peut baisser), manque de liquidité, vacance locative, endettement en cas de prêt.

Ce qui change en 2026

Flat tax à 31,4 % et SCI à l'IS

Depuis le 1er janvier 2026, la flat tax passe de 30 % à 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux). Cela concerne directement les dividendes versés par une SCI à l'IS.

100 € de bénéfice SCI IS
→IS à 25 % : reste 75 € distribuables
→Flat tax 31,4 % : reste ≈ 51 € nets
→Prélèvement global : ≈ 49 %

À l'inverse, une SCI à l'IR n'est pas concernée : ses revenus fonciers restent soumis à 17,2 % de prélèvements sociaux, en plus du barème IR.

Les abattements de donation restent inchangés : 100 000 € par parent et par enfant, renouvelables tous les 15 ans. Ces règles évoluent régulièrement.

6. Pour aller plus loin : le démembrement

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La SCI peut devenir encore plus intéressante combinée au démembrement de propriété : donner la nue-propriété des parts en conservant l'usufruit — et donc les revenus.

7. Les questions à vous poser avant de créer ou de donner des parts

Questions fréquentes

Une SCI est-elle obligatoire pour transmettre un bien immobilier ?

Non. On peut aussi donner le bien directement ou en nue-propriété. La SCI est utile quand on souhaite donner par fractions et organiser la gestion à plusieurs.

Peut-on donner des parts de SCI sans payer de droits ?

Oui, dans la limite des abattements (100 000 € par parent et par enfant, renouvelables tous les 15 ans), selon la valeur retenue pour les parts.

Que se passe-t-il si mes enfants ne s'entendent pas ?

Ce sont les statuts qui organisent la prise de décision. Ils doivent donc être rédigés avec soin avant de donner les parts. Une clause d'agrément et des règles de majorité bien pensées limitent les blocages.

Faut-il un notaire pour donner des parts de SCI ?

En pratique, la donation de parts est généralement réalisée devant notaire, ce qui sécurise l'opération. Des frais sont à prévoir — ils font partie du coût global à anticiper.

Les dividendes d'une SCI à l'IR sont-ils concernés par la hausse de la flat tax ?

Non. La hausse de la flat tax à 31,4 % concerne les revenus de capitaux mobiliers, comme les dividendes d'une SCI à l'IS. Les revenus fonciers d'une SCI à l'IR restent soumis à 17,2 % de prélèvements sociaux, en plus de l'impôt sur le revenu au barème.

Faisons le point avant de décider

Chaque famille a ses objectifs, son patrimoine et ses relations. En tant que conseillère en gestion de patrimoine indépendante en Dordogne, je vous aide à comparer des scénarios chiffrés adaptés à votre situation : détention directe, SCI, donation, démembrement.

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