« On verra plus tard. » C’est la phrase que j’entends le plus souvent quand j’aborde la transmission avec mes clients. Pourtant, ne rien préparer est un choix, et il coûte souvent cher : en impôts, en tensions familiales et en perte de contrôle sur la destination de votre patrimoine.

Ce que vous allez lire — pourquoi la loi ne fait pas toujours ce que vous voudriez ; combien vous pouvez transmettre sans payer un euro de droits ; un exemple chiffré avec 400 000 € et ≈ 26 400 € d’économie ; et les outils pour garder le contrôle tout en transmettant.

1. Sans préparation, la loi décide à votre place

Sans testament ni donation, la loi organise elle-même le partage de vos biens : parts réservées aux enfants, droits du conjoint limités selon la situation, indivision entre héritiers. Dans les familles recomposées, avec un bien immobilier ou une entreprise, ce partage légal ne correspond presque jamais à ce que vous auriez souhaité.

Anticiper, c’est choisir qui reçoit quoi, quand et dans quelles conditions.

2. Le fisc donne un « droit à transmettre » qui se renouvelle

C’est l’argument le plus concret. Chaque parent peut transmettre à chacun de ses enfants, en franchise totale de droits :

100 000 € Abattement en ligne directe En donation comme en succession. Se renouvelle tous les 15 ans.
31 865 € Don familial de somme d’argent Donateur < 80 ans, enfant majeur. Cumulable avec l’abattement principal.
131 865 € Total par parent / par enfant Sans un euro de droits. Compteur remis à zéro tous les 15 ans.
263 730 €
par enfant pour un couple, en franchise totale de droits
= 131 865 € × 2 parents — renouvelable tous les 15 ans

Ces abattements existent aussi pour les petits-enfants. Un grand-parent peut leur donner 31 865 € tous les 15 ans, alors qu’au décès l’abattement tombe à seulement 1 594 €.

3. Exemple chiffré : 400 000 € transmis à un enfant

Scénario A

On ne fait rien

Patrimoine transmis400 000 €
Abattement− 100 000 €
Base taxable300 000 €
Barème (5 % → 45 %)≈ 58 200 €
💸 Droits de succession : ≈ 58 200 €
Scénario B

On anticipe à 65 ans

Donation à 65 ans131 865 €
Droits sur donation0 €
Reste à la succession268 135 €
Droits (abattement reconstituté)≈ 31 800 €
✓ Droits totaux : ≈ 31 800 €

Économie réalisée — sur un seul enfant, une seule donation

≈ 26 400 €

Avec plusieurs enfants et des donations espacées sur 15 ans, l’écart se compte en dizaines de milliers d’euros supplémentaires.

4. Le temps est votre meilleur allié

Trois règles rendent l’anticipation précieuse :

⏳

Le délai de 15 ans

Les donations de plus de 15 ans n’entrent plus dans le calcul de la succession. Plus on commence tôt, plus on peut renouveler les abattements.

🎂

Limite d’âge à 80 ans

Le don familial de somme d’argent (31 865 €) n’est accessible qu’au donateur de moins de 80 ans. Passé cet âge, cet abattement supplémentaire disparaît.

📋

Assurance-vie

Jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire hors succession pour les primes versées avant 70 ans. Un outil complémentaire à bien paramétrer (clause bénéficiaire).

5. Transmettre, c’est aussi protéger

Anticiper ne veut pas dire se dépouiller. Selon votre situation, plusieurs leviers permettent de garder le contrôle tout en transmettant :

⚡ Actualité — avant fin 2026

Une fenêtre à ne pas laisser passer

Jusqu’au 31 décembre 2026, un don d’argent exonéré jusqu’à 100 000 € par donateur (dans la limite de 300 000 € par bénéficiaire) est possible s’il finance un logement neuf ou une rénovation énergétique, dans les conditions fixées par la loi. Ce dispositif temporaire n’est, à ce jour, pas prolongé par le projet de budget 2027.

Le projet de loi de finances 2027, déposé le 1er octobre 2026, propose pour les dons d’argent du 1er janvier au 30 juin 2027 un don exonéré porté à 50 000 € et un taux unique de 6 % sur une partie taxable. Ce texte n’est pas encore voté et peut évoluer pendant les débats parlementaires.

Raison de plus pour faire le point dès maintenant plutôt que d’attendre la fin de l’année.

Questions fréquentes

À partir de quel âge faut-il penser à la transmission ?

Dès que vous avez un patrimoine à protéger ou des enfants à accompagner, souvent entre 45 et 60 ans. Plus tôt vous commencez, plus vous pouvez renouveler les abattements et lisser l’effort dans le temps.

Peut-on donner à ses enfants et garder ses revenus ?

Oui, avec le démembrement : l’enfant reçoit la nue-propriété, vous conservez l’usufruit. Vous continuez à habiter le bien ou à en percevoir les loyers. La valeur transmise est également réduite pour le calcul des droits, ce qui est doublement avantageux.

Une donation est-elle irrévocable ?

En principe oui. Il existe toutefois des clauses (retour conventionnel, réserve d’usufruit) qui sécurisent la donation en cas de prédécès du donataire ou d’autres événements. Elles se décident avec un notaire avant la signature de l’acte.

Les règles fiscales peuvent-elles changer ?

Oui. Chaque loi de finances peut modifier certains dispositifs — c’est d’ailleurs ce qui rend un point régulier particulièrement utile. Agir dans les fenêtres actuelles, comme celle de fin 2026, c’est sécuriser ce qui est acquis aujourd’hui.

LT
Faisons le point sur votre situation

Chaque famille est différente : composition, patrimoine, projets des enfants, souhaits de transmission. En tant que conseillère en gestion de patrimoine indépendante en Dordogne, je vous aide à comprendre le pourquoi de chaque décision, avant de la prendre.

Combien pouvez-vous transmettre, à quel moment et par quel outil ?

Prendre contact →

Cet article est une information générale, non une recommandation personnalisée. Les règles fiscales évoluent régulièrement : les chiffres mentionnés correspondent à la législation en vigueur au 7 octobre 2026 (loi de finances 2026, promulguée le 19 février 2026). Lili Tison, conseillère en gestion de patrimoine indépendante — ORIAS n° 25007294.